Description
Une traînée satellite ou avion est la signature laissée par un objet en mouvement traversant le champ pendant une pose.
Le capteur intègre le signal lumineux de l'objet sur toute sa trajectoire, produisant une ligne fine (1 à 3 pixels de large pour un satellite, plus large et stroboscopée pour un avion avec ses feux clignotants).
Le défaut affecte une seule pose à la fois et se résout très efficacement par rejet statistique lors de l'empilement (sigma clipping, Winsorized Sigma Clipping, ESD), à condition d'avoir suffisamment de poses pour que l'algorithme dispose d'une majorité saine pour chaque pixel.
Le sujet est devenu sensiblement plus prégnant depuis 2020 avec le déploiement massif des constellations Starlink, OneWeb et autres : il est devenu rare aujourd'hui de boucler une nuit complète sans plusieurs traversées par session, particulièrement durant les heures crépusculaires où les satellites en orbite basse sont encore éclairés par le Soleil.
Signature visuelle
Sur une pose unique : ligne droite très fine, généralement de 1 à 3 pixels de large, traversant tout ou partie du champ.
Pour un satellite, la trace est continue et de luminosité régulière (parfois variable si le satellite tumble en rotation, donnant des "flashs").
Pour un avion, la signature est typiquement double ou triple : ligne continue de l'éclairage anti-collision plus série de points équidistants des feux stroboscopiques.
Sur master empilé sans rejet correct : trace résiduelle visible comme un trait estompé, plus diffus, parfois discontinu si le sigma clipping a partiellement filtré.
Avec Winsorized Sigma Clipping bien réglé sur 30+ poses, la trace disparaît entièrement.
Diagnostic différentiel
À distinguer d'un rayon cosmique (impact ponctuel ou trace très courte de quelques pixels seulement, jamais traversant le champ entier).
À ne pas confondre avec un défaut de guidage ponctuel ou rafale (étoiles déformées partout, pas seulement une ligne sur fond noir).
Différent d'un satellite géostationnaire qui, en suivi sidéral, laisse une trace courte et régulière (il dérive lentement par rapport aux étoiles suivies).
À ne pas mélanger avec une colonne défaillante du capteur (toujours au même endroit, parfaitement verticale, présente sur toutes les poses) ni un trail de météore (souvent plus brillant, parfois fragmenté ou avec persistance lumineuse).
Si plusieurs traces parallèles sont visibles sur la même pose, c'est très probablement un train Starlink fraîchement déployé. Si la trace s'incurve, c'est l'effet de la rotation de champ pendant une pose longue, pas un satellite.
Causes probables
- Constellations Starlink (>5000 satellites en service en 2026), particulièrement nombreuses en début/fin de nuit
- Autres constellations LEO : OneWeb, Kuiper, Qianfan, Iridium NEXT
- Satellites historiques (ISS, Hubble, débris), trafic orbital cumulé en hausse continue
- Avions de ligne, ULM, drones en zone aérienne contrôlée
- Sessions menées durant le crépuscule astronomique où le ratio satellites éclairés/non éclairés est maximal
- Cible basse sur l'horizon (hauteur inférieure à 30°), où la densité apparente de satellites éclairés est plus élevée
- Cibles proches de l'écliptique aux heures à fort trafic satellite
- Poses unitaires longues (>3 min) qui augmentent la probabilité d'une traversée
Conduite à tenir
- Empiler avec rejet statistique : Winsorized Sigma Clipping (PixInsight) ou Generalized Extreme Studentized Deviate sur 20+ poses
- Régler kappa low/high entre 2.5 et 3.0 selon le nombre de poses
- Pour datasets <15 poses, identifier et masquer manuellement les traces avec CloneStamp ou DefectMap avant intégration
- Sur Siril, utiliser le rejet "Linear Fit Clipping" ou "Winsorized Sigma" en méthode de stack
- Activer le dithering inter-pose pour éviter qu'une trace tombe au même endroit sur plusieurs subs
- Outils dédiés : satellitedetector (PixInsight script), Astrometry.net annotate pour identifier les passages
- Planifier les acquisitions hors crépuscule astronomique sur cibles à fort enjeu
- Conserver les poses traversées : le sigma clipping fait son travail, inutile de les exclure manuellement
- Pour pose courte unique (planétaire, lunaire), refaire la séquence si une trace gâche le résultat
Le conseil du Doc
Y'a vingt ans, une trace satellite c'était l'événement de la soirée, on la montrait fièrement sur les forums. Aujourd'hui c'est devenu le bruit de fond de l'astrophoto, et l'arme absolue pour s'en débarrasser tient en deux mots : Winsorized Sigma. Si tes traces survivent à l'empilement, c'est presque toujours que t'as pas assez de poses ou que ton kappa est trop permissif. La solution, c'est rarement plus de filtrage, c'est plus d'intégration.
Vous pensez voir ce défaut sur votre image ?
Lancez une analyseQuestions fréquentes
Faut-il jeter les poses contenant des traînées satellites ?
Non, surtout pas. Les algorithmes de rejet statistique modernes (Winsorized Sigma Clipping, ESD) sont précisément conçus pour éliminer ces valeurs aberrantes pixel par pixel sans rejeter la pose entière. Tu perdrais beaucoup plus de signal en supprimant 10 poses sur 60 qu'en laissant l'algorithme filtrer les traces. Seule exception : si tu n'as que 5-10 poses au total, le rejet statistique manque de matière et un masquage manuel devient préférable.
Pourquoi vois-je des traînées Starlink en train à plusieurs dizaines à la fois ?
Lors d'un déploiement initial, SpaceX largue les satellites en grappe avant qu'ils ne se dispersent sur leurs orbites finales. Pendant les premiers jours après lancement, ils restent groupés et défilent les uns derrière les autres, produisant ces "trains" caractéristiques très visibles à l'œil nu et catastrophiques pour une session astrophoto. Les sites comme Heavens-Above ou CelesTrak permettent de prévoir les passages et d'éviter de pointer vers la trajectoire prévue.
Le dithering aide-t-il vraiment à éliminer les traces satellites ?
Indirectement, oui. Le dithering ne supprime pas une trace existante mais garantit qu'une trace dans la même région du ciel ne tombera pas exactement sur les mêmes pixels d'une pose à l'autre. Cela aide les algorithmes de rejet à mieux discriminer le signal légitime des traces, en particulier sur les bordures de la trajectoire où le rejet est plus délicat. Le dithering reste avant tout une stratégie anti-bruit fixe (FPN, walking noise), mais son effet sur le traitement des satellites est un bonus appréciable.
Existe-t-il des outils pour prédire les passages satellites pendant une session ?
Oui. Heavens-Above, CelesTrak et l'application Stellarium intègrent des bases TLE (Two-Line Elements) à jour qui permettent de prédire les passages visibles. Pour une session sérieuse, croiser la cible visée avec les prévisions Starlink/OneWeb sur un créneau horaire donné permet d'éviter les pires moments. NINA propose aussi un plugin de visualisation des satellites sur la framing assistant. À noter : la précision des prédictions reste limitée pour les satellites en manœuvre orbitale active.