Description
La dérive de suivi survient quand la monture ne compense pas exactement la rotation de la Terre pendant la pose : l'image du ciel glisse lentement sur le capteur, et chaque étoile s'enregistre comme un petit trait au lieu d'un point.
La signature est très caractéristique : toutes les étoiles sont allongées dans la même direction et avec la même longueur sur l'ensemble du champ, du centre aux coins.
Les causes sont mécaniques : mise en station imparfaite (l'axe de la monture n'est pas aligné sur le pôle céleste), absence d'autoguidage sur les poses longues, équilibrage approximatif, ou frottements dans les axes.
C'est un défaut bloquant qui ruine la pose, mais facile à diagnostiquer. À distinguer de l'erreur périodique (modulation en S), de la rotation de champ (étoiles en arcs) et des oscillations de guidage.
Signature visuelle
Toutes les étoiles forment de petits traits rectilignes orientés dans la même direction, comme un léger filé.
Point clé : la longueur de l'allongement est identique partout, au centre comme dans les coins. C'est ce qui distingue la dérive des défauts optiques, qui s'aggravent vers les bords.
L'allongement croît avec le temps de pose : des poses plus courtes donnent des étoiles plus rondes, des poses longues des traits plus marqués.
La direction de la dérive est constante sur toutes les poses d'une session (axe AD ou DEC selon l'origine), et l'amplitude dépend directement de la mise en station et de la durée d'exposition.
Diagnostic différentiel
À ne pas confondre avec une erreur périodique : l'erreur périodique module l'allongement de façon sinusoïdale d'une pose à l'autre (étoiles en S ou en arc selon la durée), alors que la dérive de suivi est constante et unidirectionnelle.
À distinguer de la rotation de champ : la rotation produit des arcs centrés sur un point (nuls au centre de rotation, croissants en s'en éloignant), alors que la dérive donne des traits identiques partout.
À séparer des oscillations de guidage : celles-ci donnent des étoiles en haricot ou en zigzag court, signe d'un guidage qui sur-corrige, pas d'un glissement régulier.
À ne pas prendre pour du vent ou des vibrations : ceux-ci déforment les étoiles de façon brutale et aléatoire sur quelques poses, pas de manière régulière et progressive.
À distinguer d'un mauvais alignement de stack : la dérive allonge les étoiles sur chaque brute, alors qu'une registration ratée les dédouble seulement après empilement. Si l'objet sort lentement du champ au fil de la nuit, voir aussi le cadrage.
Causes probables
- Mise en station imparfaite (axe de la monture mal aligné sur le pôle)
- Absence d'autoguidage sur des poses longues
- Équilibrage approximatif de la monture
- Frottements ou jeu mécanique dans les axes
- Monture sous-dimensionnée pour la charge
- Poses trop longues pour la précision de suivi disponible
Conduite à tenir
- Soigner la mise en station (SharpCap, drift align, viseur polaire réglé)
- Mettre en place un autoguidage (lunette guide ou diviseur optique) au-delà de 30-60 s
- Équilibrer la monture, légèrement east-heavy sur l'axe AD
- Réduire le temps de pose unitaire si le suivi est limité
- Vérifier le serrage des freins et l'absence de jeu dans les axes
- Adapter la charge au couple de la monture
- Limiter la prise au vent (câbles, accessoires) qui aggrave la dérive
Le conseil du Doc
La dérive, c'est le b.a.-ba de la monture : si tes étoiles filent toutes dans le même sens, c'est qu'elle ne suit pas le ciel correctement. Deux fronts. D'abord la mise en station : un bon alignement polaire (SharpCap, drift align, ou viseur polaire bien réglé) réduit énormément la dérive, surtout en non guidé. Ensuite l'autoguidage : au-delà de 30 à 60 s de pose, un guidage en parallèle ou hors axe corrige la dérive résiduelle en temps réel. Vérifie aussi l'équilibrage (légèrement east-heavy) et serre les freins. Et si tu shootes court et que ça file quand même, c'est la mise en station, pas le guidage.
Vous pensez voir ce défaut sur votre image ?
Lancez une analyseQuestions fréquentes
Pourquoi mes étoiles sont-elles allongées dans la même direction ?
C'est la signature d'une dérive de suivi : la monture ne compense pas parfaitement la rotation de la Terre et le ciel glisse sur le capteur pendant la pose. Le fait que l'allongement soit identique en longueur et en direction sur tout le champ confirme une origine mécanique (mise en station ou suivi), et non optique (un défaut optique s'aggraverait vers les coins). Les causes habituelles : alignement polaire imparfait, absence d'autoguidage sur des poses longues, ou équilibrage et frottements. On corrige par la mise en station et, au besoin, l'autoguidage.
Faut-il forcément autoguider pour éviter la dérive ?
Pas toujours. Avec une bonne mise en station et des poses relativement courtes, beaucoup de montures suivent assez bien pour donner des étoiles rondes sans guidage. L'autoguidage devient nécessaire dès qu'on allonge les poses (typiquement au-delà de 30 à 60 s selon la focale) ou qu'on cherche la précision en longue focale. Il corrige en temps réel la dérive résiduelle et l'erreur périodique. En résumé : mise en station d'abord, autoguidage ensuite pour les poses longues.
Comment améliorer ma mise en station ?
Plusieurs méthodes, de la plus simple à la plus précise. Le viseur polaire réglé donne un alignement correct pour des poses courtes. SharpCap Polar Align (avec une caméra) atteint une grande précision en quelques minutes. Le drift align (méthode de King) reste la référence : on observe la dérive d'une étoile et on ajuste azimut puis altitude jusqu'à l'annuler. Une mise en station soignée réduit drastiquement la dérive et la rotation de champ résiduelle, et soulage le guidage en déclinaison.
Dérive ou erreur périodique : comment les distinguer ?
Par la régularité. La dérive de suivi est constante et toujours dans la même direction : les étoiles filent de façon identique d'une pose à l'autre. L'erreur périodique oscille au rythme de la vis sans fin de la monture : les déformations varient de manière cyclique, certaines subs nettes, d'autres étirées en S. Si l'allongement est stable et unidirectionnel, c'est une dérive (mise en station/suivi) ; s'il module d'une pose à l'autre, c'est l'erreur périodique, que l'autoguidage corrige.